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L’autre jour, notre Premier ministre a fait une visite totalement start-up nation.



Il y est allé de ses éléments de langage habituels tels que «solution innovante», alors que franchement une solution toute simple c’est aussi très bien. Il a enchaîné avec un petit tacle aux fonctionnaires velléitaires. (Je ne sais pas… parfois j’ai l’impression que derrière les costards bien propres les mecs sont en fait complètement kamikazes.)



Et puis, tiens, un exemple de start-up qui bosse pour l’État et qui a mis au point une solution innovante. (À ce stade, j’ai compris. Une solution innovante, c’est toujours une solution qui implique un écran. Si y a pas d’écran, c’est pas innovant.)


 
J’ai rarement été aussi près de m’étouffer avec ma propre salive.

Qu’il y ait un grave problème de logements en France, particulièrement dans les grandes villes, on est bien d’accord. Que la priorité soit de débusquer les locataires qui maquillent leurs dossiers… mon Dieu… Disons-le tout net: je ne suis pas objective en la matière parce que j’ai grugé à propos de tous mes dossiers de location. Et je ne veux balancer personne mais je pense que je peux compter sur les doigts d’une main mes amis qui ne l’ont jamais fait. Étudiante, il s’agissait de s’inventer des parents riches. Même si ma mère se portait garante pour moi, son emploi dans la réinsertion des personnes qui étaient passées par la prison ne lui permettait pas d’afficher suffisamment de zéros sur sa fiche de paie alors mon ordinateur lui donnait un petit coup de pouce. Plus tard, il a fallu s’inventer un emploi fixe, en CDI, à temps complet, au-dessus du Smic, le truc qui n’existait nulle part autour de moi. En réalité, comme tout le monde, je cumulais. Pour moi, c’était emploi à temps partiel d’assistante d'éducation, factures d’auto-entrepreneuse et piges diverses. Je vous laisse imaginer la tête du dossier si je l’avais présenté tel qu'il était.

Je me demandais parfois comment les propriétaires pouvaient croire que si j’avais eu un CDI payé 2.300 euros nets je louerais 20 mètres carrés au fin fond du XIXe arrondissement avec une moquette marron et une cuisine-placard –le coin cuisine était littéralement dans un placard. Mais attention, je ne falsifiais pas mes dossiers pour obtenir un appartement dont je n’aurais pas pu payer le loyer. J’ai toujours réglé mes mensualités en temps et en heure. Je vais vous révéler un scoop: la plupart des gens sont prêts à ne manger que des pâtes pour pouvoir payer leur loyer.

Ce n’est pas nous qu’il faut contrôler. Ce sont les propriétaires qui exigent tout et n’importe quoi, limite s'il ne s'en trouve pas qui nous demandent de pisser sur un test de grossesse avant de daigner louer son appart à 700 boules par mois. Tous les appartements que j’ai loués l’étaient officiellement en tant que meublés, alors qu’ils étaient vides, mais ça permettait aux proprios de payer moins d'impôts. Alors franchement, m'inventer un boulot de rêve, ça ne me posait pas le moindre problème. Ma seule véritable trouille, c’était de me faire prendre. J'avais peur parce que, dans le fond, j'avais un peu honte. Ce n'est pas si facile de présenter un dossier bidon. Ni de se dire qu'il doit exister des gens capables de présenter tout ça («ça» comprenant notamment des fiches de paie à hauteur de trois ou quatre loyers, avec des garants équivalents), sachant que nous, non. Qu'on n'a peut-être pas fait ce qu'il fallait, ou nos parents, on n'en sait rien. On ne sait pas où ça a merdé, mais ça a dû merder si à présent la norme c'est d'avoir à justifier de tels revenus pour obtenir un simple studio. Oui, ça a merdé, on a merdé, alors on est obligé de tricher. On se sent affreusement mal et on espère que personne ne se rendra compte qu'on est un peu merdique, parce qu'en vrai, au-delà de la honte, il y a cette simple réalité: il faut trouver un endroit où vivre.  

Ce n’est pas nous le problème. Dans la mesure où, dans l’écrasante majorité des cas, nous payons ces loyers délirants, je ne nous considère même pas comme des personnes malhonnêtes. Le problème, c’est ce système qui nous oblige à le faire. Vous allez faire quoi des jeunes qui ne pourront pas se loger à cause de la puissance de vos algorithmes? Est-ce que vous y avez seulement songé une seconde? Où est-ce que j'aurais trouvé à dormir avec cette saloperie d'algorithme? Rien que d'y penser, j'ai le vertige. 

Ce site est une insulte. Un crachat à la gueule de toutes les personnes qui galèrent, des jeunes qui font des études et dont les parents ne gagnent pas 3.000 euros chacun par mois, des jeunes déjà dans la vie active qui bossent comme des malades pour une misère, des autres qui cumulent un boulot alimentaire et un stage à temps complet pour espérer s’en sortir d’ici la trentaine, des mères célibataires qui sont limitées à des boulots à temps partiel.

Je déteste cette vidéo et ce jeune homme sûr de lui qui baragouine «zone tendue» et «confiance». Ce qu’on se fout de la confiance entre propriétaire et locataire quand on vit avec la trouille de ne pas trouver de logement! Tant qu’il n’y a pas suffisamment d'apparts, c’est la guerre inévitable et tous les moyens sont bons pour trouver un toit. Je comprends bien que des propriétaires aient besoin des revenus locatifs pour vivre. Mais il existe déjà des garanties, comme le visa pour le logement et l’emploi (Visale) ou les différentes garanties de loyers impayés. Qu’on invente d’autres dispositifs si on estime que ceux-là ne suffisent pas. Qu’on force des propriétaires à mettre en location leurs biens inoccupés. On peut aussi se demander pourquoi les gens ne parviennent plus à payer leur loyer…  

Mais surtout, avant d'emmerder les plus pauvres, que les politiques fassent quelque chose contre les loyers délirants dans les grandes villes, contre les propriétaires et les agences immobilières abusives. Le décret d’application de la loi d’encadrement des loyers n’est toujours pas promulgué. En plus, il s’agit d’une simple expérimentation à titre volontaire. Alors très bien, expérimentons et dans trois ans, on verra où en est le marché locatif et là, si la situation s’est assainie et qu’on ne nous demande plus d’hypothéquer un rein pour louer une studette, on pourra envisager d’agir contre les personnes qu'on accuse de frauder. On ne peut pas systématiquement commencer par s’attaquer à la population qui galère. D'abord parce que c'est idiot, ça revient à confondre la cause avec la conséquence. Ensuite parce qu'à force, ces personnes en ont ras-le-bol. 

Ce Locatio aura autant d’effet sur le marché immobilier que la suppression des bancs pour la lutte contre la grande pauvreté. Mais il est très efficace pour raviver chez les personnes démunies ce délicat sentiment de ne pas être à la hauteur. 
 

La claque

L'ensemble des huit articles d'Élise Costa au sujet du procès pour le meurtre de Patricia Bouchon est une véritable claque. Ceci a beau être la newsletter de Slate, je bosse pour ce site depuis sa création, je ne suis pas franchement objective, il faut bien admettre que c'est un journal qui laisse la place. Si Élise Costa avait dû couper son texte pour se contenter de deux ou trois courts papiers, ce n'aurait jamais été aussi génial. Elle a également pu écrire en sortant des canons journalistiques, en écrivant comme elle l'aurait fait pour un livre. Elle arrive à rendre l'épaisseur de chaque personne vue et/ou interrogée. Sa délicatesse est infinie, sans fausse pudeur. Elle livre les faits tels qu'ils sont, avec une véritable tendresse pour les humain qui y sont impliqués. 

On sort de cette longue lecture avec une inévitable question: qu'aurais-je fait à la place des membres du jury? 

Vous pouvez écouter Élise Costa raconter des à-côtés des procès ici.

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Pourquoi et comment la Couronne d'épines de Jésus s'est-elle retrouvée à Notre-Dame? Et, accessoirement, est-elle authentique? Retour sur un temps où les «investissements» n'étaient pas de même nature

Aux États-Unis, le legging est absolument partout. Les femmes en portent pour aller travailler ou faire les courses, il a complètement détrôné à la fois le jogging et le jean. Analyse d'un phénomène d'empouvoirement des femmes et de réappropriation de leurs corps. C'est passionnant avec moult éclairages historiques.

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Il existe une solution à l'enfer des centaines de séries aux dizaines de saisons dont on n'arrive jamais à voir le bout: les séries d'une seule saison. Voilà notre salut.  «Une histoire sans fin est fondamentalement une histoire qui n'a pas de sens

 Sur mes internets personnels

Vous vous souvenez d'Ophélie? C'est la YouTubeuse qui m'a convaincue de me lancer dans le lombricompostage. Et bien, elle fait une série de vidéos sur un mouvement passionnant: la green guerilla. Ou comment planter une graine de tournesol dans un rond-point dégueu est un geste révolutionnaire (notamment parce qu'en vrai, on n'a pas le droit). C'est super. Allez voir. Ca commence avec cette vidéo et un retour historique.

Sinon, elles sont toutes là.

Spéciale kasdedi pour la numéro 6 parce que, avis aux Parisiens, on y apprend qui sont les gens qui cultivent un jardin sauvage à côté du Point FMR. (Gab, soit le John Lennon du houblon urbain.) 

Je vous ai déjà mentionné le blog de Dorothée, à l'occasion d'un premier texte bouleversant où elle racontait comment un jour elle avait trouvé son compagnon pendu dans leur foyer. Depuis, elle continue à écrire et c'est toujours aussi remarquable. J'aime beaucoup son tout dernier texte, les effets de liste avec parenthèses sont géniaux. (Je risque de lui piquer un jour.)

En édito, j'aurais pu m'énerver sur l'idée de faire un concours pour refaire la flèche de Notre-Dame. J'avoue que quand le président a dit «nous allons la reconstruire, encore plus belle», j'ai soufflé. Ça me paraissait évident qu'on allait la reconstruire à l'identique. Eh bah non. Parce qu'il faut qu'il se prenne pour Mitterrand et qu'il y ajoute sa petite touche perso. Ça me gonfle, et pourtant, je n'ai vraiment aucune affection pour Viollet-le-Duc. Mais voilà donc quelqu'un d'autre qui dit mieux que moi cet agacement.

Tant qu'on est sur Notre-Dame, un article sur les femmes qui ont participé à sa construction. Eh oui.
 

Moi aussi je veux que quelqu'un me fabrique un flextangle. 

Conseil culture

Vous êtes fatigué·es d'entendre toujours les mêmes idées ressassées jusqu'à l'écœurement? Vous avez envie d'autre chose? Vous vous demandez s'il est possible d'inventer un nouveau rapport au monde? 

Alors il faut absolument lire La recomposition des mondes, une BD d'Alessandro Pignocchi qui vient juste de paraitre. (Ok, Alessandro est un ami, mais je jure sur la tête des mésanges charbonnières de mon jardin que ça n'a rien à avoir avec ma recommandation.) C'est la meilleure introduction à ce que représente les ZAD, et particulièrement celle de Notre-Dame-des-Landes. Il était sur place lors des opérations d'expulsion mais il ne se contente pas d'en faire le récit, il raconte son propre cheminement intellectuel, ce qu'il a compris en allant voir une autre manière de vivre et de se positionner dans le monde. C'est à mon avis un livre indispensable. (La qualité des photos est nulle, je sais, mais vous n'avez qu'à acheter l'album et ce sera net.) 


 
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