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Faux experts et hymne au sexe
Bonjour mes chers amis,

Cette semaine, c’était la paralysie de l’écriture. (Emploi euphémistique de l’imparfait parce qu’en vrai c’est toujours la paralysie.) J’en avais marre de ressasser les attentats et je n’arrivais pas à lire quoi que ce soit qui parle d’autre chose. (Tu la vois venir la newsletter bien joyeuse?) Après les récits émouvants des rescapés, j’ai eu la pas très bonne idée de m’intéresser à la face plus obscure des attentats. À ceux que l’on n’a pas entendus, et pour cause. D’abord, pour réaliser une chose tellement bête: il n’y a pas que les morts et les vivants qu’on a vus à la télé. Il y a les blessés, les amputés (on parle d'une quarantaine). Il y a ceux qui ne remarcheront jamais. Ceux-là, on ne les a pas entendus pour l’instant. Ça viendra sûrement, dans quelques mois. Il y a plus d'une cinquantaine d'orphelins. Et puis, il y a cet homme que plusieurs témoins évoquent, celui qui, au Bataclan, a été obligé par les terroristes à donner des coups de pieds dans les corps étendus pour vérifier ceux qui simulaient, pour que les autres les achèvent. Je ne sais pas où est cet homme, mais je préfère ne pas imaginer à quoi ressemblent ses nuits. Il y a ce gamin de 10 ans qui était dans le couloir où les deux terroristes se sont réfugiés avec des otages. Et puis, il y a le récit courageux de celui qui explique qu’il s’est barré pour sauver sa peau, sans attendre ses proches.
Et au milieu de ce ressassement hébété, apparaissent à l'horizon immédiat (attention, roulements de batterie)... les élections régionales. La démocratie repose sur un principe illusoire: la rationalité du corps électoral. Ça, c'est en temps dit «normal». Alors demander à des électeurs d'aller choisir un parti politique dans l'état actuel, c'est tout bonnement complètement con. À tout prendre, je crois que je préfère qu'on fasse ça au tirage au sort. Ne riez pas, je suis sérieuse. Montesquieu disait bien que c'était le mode de sélection le plus démocratique car égalitaire vu que chacun avait autant de chance d'être élu. Mais pas un tirage au sort entre candidats. On prend les listes électorales de chaque région, et on tire au sort parmi tous les citoyens.   

Le bal des experts 

Scotchée devant mes écrans divers et variés, j'ai écouté le bal des experts. Heureusement, il y a eu cet article pour rappeler que toutes les paroles ne se valent pas –malgré les bandeaux présentant les locuteurs comme «expert en géostratégie guerrière et diplomatique, déradicalisation en tout genre, fait aussi les mariages et pots de départ en retraite». (J'émets tout de même un bémol concernant Dounia Bouzar. Romain Caillet juge qu'elle s'est discréditée en disant que les djihadistes sont complotistes. D'après lui, c'est faux, mais ils sont antisémites, or l'antisémitisme est fondamentalement complotiste dans sa construction de la figure juive. Fin du bémol.) À part cette réserve, cet article permet de retrouver un peu de recul critique au milieu de la bouillie intellectuelle ambiante.  

À lire aussi sur Slate

Dans le même ordre d’idées, un autre très bon article qui interroge les raisons de la médiatisation de la parole des enfants, qui ne sont pas franchement les meilleurs experts sur la situation. Les faire parler devant des caméras n’est sans doute pas la meilleure idée du monde, ils ont besoin de s’exprimer en off. Mais, surtout, ça dit quelque chose sur nous, les adultes. Nous nous sentons comme des enfants et on a bien envie de retrouver un monde simple avec des méchants et des gentils.

On a entendu, vu, lu partout l’interview des Eagles of Death Metal mais si par hasard vous vous êtes contentés d’extraits, allez regarder l’intégralité de ces nécessaires vingt-six minutes.

Étonnant comment on a tous le regard braqué sur l’EI et, en même temps, certaines informations essentielles nous échappent complètement. Daech ne se contente pas de multiplier les attentats. L’État islamique est également en train d’étendre son territoire sur la Libye, ce qui est une très mauvaise nouvelle pour nous tous.

Un jour, je déclarerai ma flamme à Jean-Laurent Cassely. En attendant, je ne sais pas comment résumer son article, j'aurais l'impression de faire une insulte à son intelligence. Mais disons qu'aucune explication précise des attentats ne suffit. Il s'agit forcément d'un faisceau de causes. Du coup, je signale cet autre très bon article sur le même thème: Daech nous attaque-t-il pour ce que nous sommes ou ce que nous faisons?

  Repéré par Reader

Je viens de dire que ce que nous vivons a des causes multiples, cet article du Monde évoque des pistes intéressantes (sous l'angle générationnel) avec notamment cette idée selon laquelle ce n'est pas l'islam qui se radicalise mais la radicalité qui s'islamise.

Avant ces élections régionales tellement excitantes, France TV a eu la bonne idée d’enquêter sur le taux de présence de nos élus dans les conseils régionaux. Histoire de vérifier s’ils aiment vraiment ce siège auquel ils s’accrochent avec tant de vigueur. Vous pouvez donc tester l’assiduité de vos conseillers régionaux.

Pour vous consoler un peu de la dureté de ce monde, vous pouvez aussi jouer à Hoverboard. Ça ressemble à un jeu d'arcade très classique mais, en réalité, on peut s’échapper du jeu et aller se promener. (Ne fonctionne pas avec le monde réel.)

Ils ont l’air de robocops presque inhumains mais les hommes de la BRI ont une vie (et des petits cœurs qui souffrent aussi). Que faisaient-ils avant le 13 novembre? On apprend qu’ils avaient eu une grosse semaine. Ils avaient bossé sur l’enlèvement d’un chef d’entreprise avec demande de rançon. (Où donc on découvre que ça arrive aussi en France mais qu’en général on ne le sait pas.) Et après le 13 novembre, certains ont consulté des psys avec leurs enfants.

 Sur mes internets personnels

J’ai cherché un joli lien pour égayer votre week-end. Au final, j’ai trouvé celui-là. Il permet de voir le coucher du soleil là où il se passe au moment présent à travers les photos prises par des inconnus. L’idée est jolie mais, honnêtement, le résultat n’est pas merveilleux. Désolée.

Si vous n’êtes pas d’humeur couchers de soleil, vous pouvez aussi regarder cette vidéo qui retrace sur une carte les attentats des quinze dernières années dans le monde. Assez réussi, et flippant quand on constate l’augmentation du nombre d’attentats de grande ampleur. (Un bémol: Charlie Hebdo n’y figure pas, je suppose parce que le réalisateur n’a sélectionné que les attentats ayant fait plus de vingt morts.)

Mourad Benchellali. Son nom vous dit peut-être quelque chose. C'était le détenu français de Guantánamo. Depuis sa sortie de l'enfer (ou des enfers d'ailleurs), il est rentré en France, s'est reconstruit et travaille comme formateur dans l'insertion. Vous devriez lire ce rapide résumé de son histoire, qui est quand même juste dingue. Mais, si je vous en parle, c'est surtout qu'il a signé un texte intelligent, nuancé et bien écrit. Un texte qui m'a fait du bien, pragmatique, calme, loin de l'hystérie solennelle actuelle et des grandes déclarations d'intention.

Ça peut paraître totalement dérisoire mais mon petit bonheur de la semaine n'a pas été un gif de loutre. Non, c'est le Sénat qui me l'a offert. Les sénateurs sont en désaccord avec l'Assemblée nationale concernant la taxe tampon. Ils ont voté pour la supprimer. C'est pas encore gagné, il faut maintenant qu'une commission paritaire mixte mette au point un texte commun, mais ça suit le bon chemin. 

Conseil culture

Si on passe notre week-end à 1) lire des articles pour essayer de comprendre et 2) boire de l’alcool pour oublier qu’on n’arrivera jamais à comprendre, on va finir par se griller complètement le cerveau. Donc je me permets de vous conseiller une sortie au cinématographe. 21 nuits avec Pattie, d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu. Je sais. Moi-même, j'y suis allée en traînant mes pieds comme si des éléphanteaux s'y étaient agrippés. Mais j'ai le meilleur argument possible pour vous convaincre: c'est un film qui donne envie de baiser. C'est un hymne au sexe, à la pénétration. Et écouter Karin Viard faire l’apologie de la bite, c’est tout simplement extra-ordinaire. En plus, pendant tout le film, il fait beau et chaud. Il y a une super intrigue secondaire avec Le Clézio (voilà une phrase que je n'imaginais pas écrire un jour). On y voit aussi la chorégraphe Mathilde Monnier danser. Et il y a le gendarme le plus drôle de l'histoire conjointe du cinéma et de la gendarmerie (joué par Laurent Poitrenaux). Bref, ça fait oublier les emmerdes et la grisaille. «Ô temps! Suspends ton vol! Et vous, heures propices, Suspendez votre cours!»
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