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The Queen is dead
Je n’avais tellement aucune idée de sujet pour cette semaine que j’ai lancé un SOS, comme un fou va jeter à la mer des bouteilles vides et puis espère qu'on pourra lire à travers S.O.S. écrit avec de l'air pour te dire que je me sens seul je dessine à l'encre vide un désert. Excusez-moi. Reprenons, j’ai donc lancé un SOS balavoinien sur les internets. On m’a suggéré plein de sujets très intéressants mais sur lesquels je n’avais strictement rien à dire.

Et puis, sur Twitter @DickTektiv m’a dit de parler de ma vie perso. Ok sauf qu’il ne m’est rien arrivé qui mérite un texte particulier. Ce que j’ai fait de plus notoire cette semaine, c’est finir de mater la première saison de The Crown (la série de Netflix sur Elisabeth II). Et puis là, une certaine @Lisoumat m’a justement envoyé un lien vers un super article du Guardian sur le protocole prévu pour le décès de la reine. Alors, on va parler couronne et cercueil. Je sais que ça n’a pas l’air foufou, mais allez, ça nous changera un peu les idées. Parce que finalement, la monarchie, ça sert à ça, se raccrocher à des rituels qui ont l’air immuables, rassurants et surannés.

Point complot: pourquoi le Guardian publie-t-il cet article maintenant? Aucune idée. La reine a certes 90 ans, mais sa mère a vécu jusqu’à 101 ans. C’est peut-être davantage l’approche du Brexit, et les questions qu’il pose sur la place du Royaume-Uni dans le monde actuel qui a mené à cette publication que des nouvelles alarmantes concernant la santé de la Reine.

Quand la reine trépassera, il va se passer quoi? Le/la chef du gouvernement sera prévenu/e avec le mot de passe «London Bridge is down». Alors oui, il y a un truc qui merde là-dedans. Ca sert à quoi un message codé s’il est déjà connu par tout le monde? À la BBC, sera activé RATS, le «radio alert transmission system». Problème: ce déclenchement est tellement exceptionnel que la plupart des journalistes ne savent même pas à quoi ressemble l’alerte RATS. «Dès qu’il y a un bruit étrange dans la rédaction, il y a toujours quelqu’un pour demander “est-ce que c’est RATS?” parce que nous ne savons pas quel bruit il fait, raconte un reporter régional.»

Tous les médias anglais ont déjà préparé leur couverture de l’événement. Le Times a de quoi tenir onze jours sur le sujet. (On va en bouffer de la Reine.) (De toute façon, je vous spoile un peu: y'en a pour dix jours de cérémonies diverses et variées.) Les chaînes de télé ont déjà fait signer des contrats d’exclusivité à des spécialistes royaux qui devront venir immédiatement commenter la situation.

Pour les radios commerciales (essentiellement musicales), il y a aussi un système d’alerte en cas de drame national. Des voyants lumineux qui clignotent pour signaler qu’il faut arrêter de diffuser de la musique joyeuse. Les programmateurs ont des playlists tristes et très tristes sur lesquelles basculer. «Si vous entendez “Haunted Dancehall (Nursery Remix)” de Sabres of Paradise pendant la journée sur la Radio 1, allumez la télé, quelque chose de terrible vient de se produire», explique un producteur radio.

On apprend également que les Anglais quitteront leur travail plus tôt et que les pilotes d’avion annonceront la nouvelle aux passagers pendant le vol. On aura aussi droit à de longs reportages sur le fait que le titre de chef du Commonwealth n’est pas un titre héréditaire et savoir si Charles le prendra. La suite de l’article, à travers des interviews, raconte comment l’événement sera historique et mondial. Il s’agira également pour la Grande-Bretagne de faire le deuil de sa puissance, le règne d’Elisabeth II ayant malgré elle correspondu avec la fin de l’empire britannique.

La tête du prénom 

Avant de lire cet article, j'ai pensé «oula... mais qu'est-ce qu'il nous fait Jean-Laurent? On ne peut pas deviner le prénom de quelqu'un à partir de son visage, c'est n'importe quoi». Et puis, en fait, c'est hyper intéressant. Déjà, il y a le test pour s'exercer, et ensuite l'interview d'une chercheuse qui travaille sur le sujet. Et elle explique comment notre prénom s'imprime physiquement sur notre visage.

«Si la société estime que Chloé est une petite fille avenante, sympatoche et facétieuse, à force de répondre aux attentes de son environnement, elle finira par avoir ce visage avenant, façonné au bout de milliers d’interactions et d’un traitement social particulier. Le processus est comparable à celui d’une pierre poncée au contact de la mer au fil du temps, sauf qu'il s'agit ici d'interactions avec les autres.»

Et c'est vrai. La plupart des Vincent ont des têtes de Vincent. Et on est même surpris quand on découvre que quelqu'un a un prénom dont on juge qu'il ne lui va pas du tout, qu'il n'a pas une tronche à s'appeler comme ça. C'est d'ailleurs un sujet classique dans les romans.

À lire aussi sur Slate

La plupart des parents soucieux d'égalité fille/garçon se projettent avec des filles. Ça parait plus simple d'apprendre aux filles à s'affirmer. Pourtant, avoir un garçon c'est aussi la chance de pouvoir lui inculquer un certain nombre de valeurs. Élever des garçons de façon féministe c'est aussi important.

Jean-Marc Proust a encore décidé de se faire des copains. Il a sélectionné les trois ratages magnifiques de la rentrée littéraire de janvier. Il ne partira donc pas en vacances avec Christian Oster, Jean-Marie Rouart et Philippe Besson. 

Faisons un petit point François «Foutagedegueule» Fillon avec sa mise en examen. Où l'on apprend qu'originellement, la mise en examen servait à protéger: «La mise en examen a été créée pour être l'acte judiciaire déclencheur, qui permet aux avocats d'avoir un accès au dossier et au mis en cause de ne pas pouvoir être entendu par un gendarme ou un policier, mais seulement par un juge d'instruction. Et ce, en présence de son avocat, l'avocat ayant vu le dossier avant. Donc tout cette série d'avantages que l'on a créés il y a deux cents ans se retournent médiatiquement contre les gens, car on pense que dès qu'ils sont mis en examen, c'est qu'ils sont déjà coupables et qu'ils vont être condamnés demain.»

Je suis fascinée depuis longtemps par le journal Détective. Alors je suis joie de lire cette petite histoire de sa création.

 Sur mes internets personnels

Un article très intéressant sur la campagne présidentielle vue sous l'angle du genre. La présence plus importante de femmes politiques semble pour l'instant seulement renforcer les stéréotypes. Marine Le Pen se la joue «j'aime les chats = je suis gentille», et elle a utilisé comme un atout le fait d'être appelée par son prénom. François Hollande a lui toujours été présenté comme dévirilisé. Etc. 

La dessinatrice Lisa Mandel suit la présidentielle depuis deux classes de primaire et c'est vraiment cool. Ils parlent de Trump, de Le Pen, de Mélenchon et de faire caca dans sa couche.  

Vous connaissez les «tiers-lieux»? Des endroits qui ne sont ni chez vous, ni vraiment l'extérieur comme un café ou un resto classique. Visiblement, c'est la nouvelle mode à Paris. Ça ressemble à de grands apparts à la déco totalement instagramcompatibles, on peut trainer sur le canapé aussi longtemps qu'on veut, souvent ce sont des clubs privés pour lesquels on paye une cotisation. Et où on essaie de vous faire croire que c'est votre maman chérie qui vous a préparé à déjeuner. Allez lire, c'est très intéressant, notamment sur la segmentation des gens. Comme le note le sociologue interrogé à la fin: «Il ne faut pas oublier que le bar est un lieu de mixité sociale et culturelle, où un PDG peut prendre un café avec un artisan. Donc plus on va aller vers des lieux sécurisés, “comme à la maison”, plus on va segmenter, moins on va garder cette mixité.»

Un critique du New Yorker juge que le cinéma indépendant français est merdique, chiant et sans aucune originalité. Allez voir l'analyse de Jean-Marc Lalanne.

Cette semaine, il y avait évidemment aussi l'enquête de Libé sur Facebook, où l'on découvre l'ampleur de l'influence des sites alternatifs sur le réseau. Dans les 30 contenus les plus partagés pendant un mois, on ne trouve le premier média «traditionnel» qu'à la 7e place (Mediapart). 

Conseil culture

Ça aurait pu apparaître au milieu des autres liens de la semaine mais ça méritait mieux. C'est une histoire d'amour pendant la Deuxième Guerre mondiale. Plus précisément des lettres d'amour d'un soldat retrouvées des années plus tard. Classique, non? Oui, des lettres d'amour aussi sincères que classiques, à un détail près: ce soldat écrivait à un autre soldat. Ils étaient fous amoureux, séparés par la guerre évidemment, mais aussi par loi. Ils ont tout deux survécu à la guerre mais n'ont pas vécu ensemble comme ils le rêvaient. On ne sait pas pourquoi –même si on imagine les difficultés de l'époque. Ces lettres sont exposées en Angleterre, elles vont faire l'objet d'un livre –comme l'écrivait l'un des deux amants: «Ne serait-ce pas merveilleux si toutes nos lettres pouvaient être publiée à l’avenir, dans des temps plus éclairés. Alors le monde entier pourrait voir à quel point nous nous aimions.» 
C'est une belle histoire racontée sur le site de Têtu.
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