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La résistible ascension de Geert Wilders l'était encore plus qu'on ne le croyait.

En obtenant, selon les estimations disponibles à 1 heure du matin jeudi, 19 sièges lors des législatives néerlandaises, son parti d'extrême droite, le PVV, n'a même pas réalisé le meilleur score de son histoire, échouant cinq sièges en-dessous de son score de 2010. Encore plus radical que Marine Le Pen (il propose notamment la fermeture de toutes les mosquées et l'interdiction du Coran), Wilders espérait arriver en tête du scrutin, même si, dans un pays qui applique la proportionnelle intégrale, cela aurait été insuffisant pour diriger le gouvernement ou même l'intégrer –les autres partis avaient expliqué qu'ils n'en voulaient pas comme allié. Objectif largement raté: le PVV termine très loin derrière le parti libéral du Premier ministre sortant, Mark Rutte (en baisse mais donné à 32 sièges), mais également derrière le parti chrétien-démocrate (20 sièges), le tout avec une participation massive de 80% environ.

Son échec donne raison au chroniqueur néerlandais du Financial Times Simon Kuper, qui ironisait il y a quelques jours sur l'intérêt mondial pour cette élection mobilisant à peine dix millions de votants: «Il existe deux récits très différents des élections néerlandaises de mercredi: un récit étranger, qui ne parle que de Wilders et de ses chances de réaliser le triplé populiste après le Brexit et Trump; et un récit néerlandais, dont il n'est même pas le personnage principal», écrivait-il, nous conseillant de plutôt jeter un œil à Alexander Pechtold, du parti social-libéral D66, ou à Jesse Klaver, du parti écologiste GroenLinks. Estimées à respectivement 18 et 14 sièges, ces deux formations enregistrent d'importantes progressions.

Bien entendu, l'histoire est plus compliquée que cela. Ambigüe comme les Pays-Bas eux-même, ce pays qui, montrait récemment une étude de la Commission européenne, fait partie des plus attachés à l'histoire de la construction européenne tout en étant des plus tièdes à l'égard de l'Europe actuelle. Au-delà des «seulement» 19 sièges du PVV, cette terre qui passait il y a trois décennies pour un petit paradis social-libéral a, comme l'explique le magazine Prospect, nettement glissé vers la droite lors d'une décennie marquée par les assassinats du dirigeant d'extrême droite Pim Fortuyn et du cinéaste Theo Van Gogh. Pendant la campagne électorale, Mark Rutte a publié une très polémique lettre ouverte sur l'intégration, se concluant sur un «Comportez-vous normalement, ou partez». Pilier du «modèle des polders» qui séduisait l'Europe des années 1990, le parti travailliste, principale force de la gauche et allié des libéraux dans la coalition sortante, a essuyé une défaite historique (10 sièges). Et un nombre record de treize partis devrait être représenté à la Chambre, reflet d'une insatisfaction profonde des électeurs.

Geert Wilders n'a pas gagné. Ses idées ont peut-être gagné. Et Donald Trump a perdu. C'est la troisième conclusion, et peut-être la plus instructive vue depuis la France. En juillet dernier, Wilders avait assisté au sacre du milliardaire, avec qui il partage une certaine flamboyance capillaire, lors de la convention républicaine de Cleveland. Fin janvier, lors d'un raout de l'extrême droite européenne à Berlin, il s'était réjoui: «Il y a des raisons d'espérer. Une lumière au bout du tunnel. Des temps meilleurs vont arriver. Le vent a commencé à tourner l'an dernier. Il nous a amené la victoire de Donald Trump, que nous félicitons depuis ici.»

Le vent s'est finalement révélé contraire, semblant donner raison aux récentes analyses de la Fondation Carnegie, qui se demandait si les difficultés du Brexit et de Trump n'allaient pas vacciner certains électeurs européens contre le vote protestaire et les charmes du «printemps nationaliste».

Le jour de la victoire de Trump, le PVV était donné à 17% des voix par les sondages. Mi-décembre, au moment où le Congrès validait officiellement l'élection du nouveau président, il était monté à 21%, score qui lui aurait assuré une trentaine de sièges. Il aura donc perdu plus d'un tiers de ses soutiens en trois mois, ces trois mois durant lesquels l'administration Trump a connu une mise en place et des débuts cahotiques. Comme si les électeurs néerlandais s'étaient offert ce concept de science politique inédit: un second tour de la présidentielle américaine.

Le troisième aura lieu les 23 avril et 7 mai prochain, en France.

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Dans les archives

À l'époque, on ne parlait pas de Hofer, Wilders, Petry et Grillo, mais de Haider, Fortuyn, Schill ou Berlusconi –et, déjà, de Le Pen. Dans Le Monde, un mois après le 21-avril, deux semaines après la percée de l'extrême droite aux législatives néerlandaises de 2002, Daniel Vernet tirait le portrait de l'«infinie palette» des populismes européens:

«Le populisme est un concept vide, fourre-tout, utile pour rassembler sous une même appellation des réalités différentes et surtout dérangeantes. Il unit dans une tendance européenne des partis qui défendent le pré carré national, quand ils ne sont pas séparatistes. Il internationalise des phénomènes nationaux par excellence. [...] Le populiste incarne [...] le retour du refoulé, et il finit par faire croire qu'il pose des problèmes réels, auxquels il propose des solutions erronées. Ces problèmes, les partis traditionnels ont du mal à les prendre en compte, parce que, sous l'effet conjugué de la mondialisation, de l'Europe, du libéralisme antiétatique, de la technocratisation, le système représentatif ne fonctionne plus.»
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