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On veut quoi? Des frites!
Mes chers amis, 
 
Cette semaine, à l’occasion de la journée de la femme, des femmes, des droits de la/les femme(s), j’ai découvert que j’étais un homme. Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi peu concernée que ce jour-là. Et pourtant, a priori, c’est quand même un sujet qui m’intéresse. Mais là, la journée des droits de la consommatrice, rien à foutre. Je m’en foutais d’avoir droit à des réductions, à une épilation gratuite, à un haut de maillot de bain, à une rose si je commandais une pizza. C’était mardi et j’ai passé ma journée à bosser. Enfin… la moitié de la journée. Mon fils aîné étant malade, je le gardais le matin et son père s’en occupait l’aprèm. Oui, on essaie d’être un peu paritaire. Le matin, j’ai regardé La Reine des neiges. J’étais stupéfaite par le truc. Comment ça, ce n’est pas un baiser d’un prince qui va la sauver? Wahou… Moi aussi j’ai eu envie de chanter «Libérée, délivrée». Mais c’est moi que la crèche a appelée pour prévenir que notre autre enfant avait les yeux rouges, donc je me suis magnée de finir mon taf.

Le soir, j’ai dîné avec un ami et, évidemment, c’est à lui que la serveuse a fait goûter le vin. Mais je n’ai rien dit. J’y connais rien en vin. Du moment qu’il y a de l’alcool dedans, ça me va. Deux jours auparavant, j’avais été dîner avec mon conjoint. Le serveur avait déposé une assiette de frites à côté de lui, et une assiette de salade à côté de moi. On n’avait rien dit. On s’était contenté d’un commun accord d’attendre le départ du serveur pour inverser les accompagnements.


Que la journée de la femme ait été récupérée par le marketing, je m’en fous un peu. À titre personnel, ce qui m’emmerde concrètement, c’est de gagner moins d’argent qu’un homme. Mais c’est quand même étonnant que je me représente aussi peu «femme», et de voir la société m’y ramener sans cesse de façon essentialiste. Sur France Inter, Noémie Delattre pointait que, dans son interview à Elle, François Hollande parle de «respect de la femme» et elle notait «de même qu'on a arrêté de dire le Juif, le Noir et l'Arabe, ça serait chouette d'arrêter de dire la Femme». Et j'ajouterai: filez-moi des frites.

Connard de panda

Cette semaine, j'ai envie de mettre en avant un article fort. Certes, il date de 1999 (et là, lecteur à l'esprit agile, tu en déduis qu'il s'agit d'un article traduit de Slate US), mais comme toutes les bonnes analyses, il résiste au passage du temps. Les pandas sont des connards. À peu près les animaux les moins intéressants du monde, des «mollusques à poils» tout juste bons à essayer de se baiser par l'oreille. (Oui, oui.) Quand je pense qu'on paye une fortune pour en louer un couple dont on n'aura même pas le droit de garder les rejetons si par miracle ils arrivent à se reproduire... Je vais vous dire un truc: le panda, c'est comme tous les jouets d'exportation chinoise, de loin, ça a l'air mignon, ça fait glapir les enfants, et de près, c'est tout pourri. 

À lire aussi sur Slate

Pourquoi les médias aiment-ils les manifs de jeunes? Parce qu'il faut bien avouer que ces mouvements bénéficient d'une attention médiatique plus élevée que ceux des travailleurs. Excellent article qui explore plusieurs pistes: les journalistes se reconnaissent dans cette jeunesse (même catégorie socio-professionnelle), ils ont peur de louper un mouvement de grande ampleur parce qu'il s'agit de mouvements imprévisibles, on vit ces mobilisations par procuration... 

Il a existé une époque lointaine où je détestais les Beatles. Pendant des années, j'ai grimacé de dégoût à l'évocation de leur nom et à l'écoute du moindre de leur morceau. Et puis, un jour, j'ai écouté un album. En entier. Et j'ai compris qu'il s'agissait du plus grand groupe du monde. Ensuite, j'ai regardé des documentaires, lu des livres et je reste encore ébahie par la puissance de ce qu'ils ont inventé. Mais la mort de leur producteur, cette semaine, a été l'occasion de découvrir encore une nouvelle anecdote sur eux.

J'aime beaucoup ce grand format publié cette semaine sur Slate: une photographe a fait des portraits de couple entre 1982 et maintenant. (Elle arrive presque à nous faire croire que les gens avaient la classe en 1982.) 

M00t a annoncé qu'il avait été embauché par Google. Bon... 
Pour ceux qui ignorent qui est ce jeune homme, j'avais fait un long portrait de lui, un portrait qui était aussi l'occasion de raconter une certaine histoire de l'internet, ou plutôt d'un certain internet. Je vous avouerai que j'aurais préféré qu'il ouvre une entreprise de réparation de vélos, mais malgré ce terrible reniement, je l'aime toujours. C'est sans doute l'une des personnalités d'internet les plus fascinantes.

  Repéré par Reader

Plus que la Seconde Guerre mondiale elle-même et les camps de concentration, ce qui me fascine, c'est l'après. L'après des rescapés évidemment, mais aussi celui des bourreaux. Et justement, un livre sort sur la vie des enfants des dignitaires nazis. Le JDD fait un article à partir du bouquin, qui résume le parcours de ces enfants, entre reniement ou fidélité à leurs parents. 

Le test con de la semaine nous vient étonnamment d'Arte. Il note votre altruisme à partir de vos publications sur les réseaux sociaux.

Le pèlerinage à la Mecque vu de l'intérieur, ça donne quoi? Bah des photos assez impressionnantes. Encore plus pour moi qui n'y connais rien. Ça a un côté science-fiction (les tunnels) absurde (vu que je n'ai aucune idée du sens des cérémonies). 

ENFIN! Le Guardian a mis au point un quiz pour savoir à quelle génération on appartient, Y, X ou Z. On va pouvoir arrêter de s'engueuler à base de «ah non, deuxième décan 1979, ça compte pas». C'est basé sur des critères comme le mode de vie, les goûts ou l'idéologie plus ou moins consciente. Par exemple, si votre grande peur, c'est la guerre nucléaire, y a des chances pour que vous ne soyez pas de la génération Y.  

 Sur mes internets personnels

Trêve de galéjades. Parlons de choses sérieuses comme le viol de bébés. Et non, ce n'est pas une blague. En République démocratique du Congo, la situation ne «s'arrange pas». Le docteur Denis Mukwege, connu pour «réparer» les femmes violées, essaie d'alerter le monde (il a déjà échappé à six tentatives d'assassinat) sur la spirale de l'enfer là-bas. Son témoignage est effrayant. À lire.

Puisqu'on est dans la séquence «joie de vivre», il faut aussi absolument lire le récit des journées de travail de cette éducatrice qui doit estimer la crédibilité des dossiers des migrants mineurs pour qu'ils puissent rester en France. Spoiler: j'ai pleuré.

Une lecture très inattendue: comment le monde actuel a privatisé le silence. En fait, c'est un gros résumé d'un livre qui sort aux éditions de la Découverte. S'il part de constatations avec lesquelles on est plutôt d'accord sur l'économie de l'attention (avec l'exemple très parlant des salles de silence dans les aéroports réservées aux voyageurs les plus riches, pendant que les moins aisés se tapent le bruit), il en vient à critiquer non pas tant les technologies elles-mêmes que... les Lumières et leur rêve d'un individu libéré de toute entrave et influence alors qu'en réalité, nous ne parvenons pas à nous autoréguler. 

C'est le petit délice de l'internet français cette semaine: Henry de Lesquen du Plessis Casso, vicomte de Lesquen. Cet homme a un programme pour sauver la France et, par chance, il a aussi un site que je vous invite à consulter pour rigoler un peu. Il propose en vrac: la privatisation de l'Éducation nationale, les travaux forcés pour les clandestins (pour financer leur retour chez eux), la peine de mort pour trafic de drogue, le droit à la discrimination (négative hein).

Vous pouvez aller l'interpeller sur Twitter aussi (et regarder ses engueulades avec Eugénie Bastié, qu'il est à deux doigts de traiter de socialiste bien-pensante). 
De toute façon, un mec qui se vante d'avoir été nommé par J. Chirac patron de l'Opac, y a un truc qui déconne grave dans sa tête. 

Conseil culture

Ok, vous êtes cinq à lire mes conseils culture :) 

Parmi ces cinq individus supérieurs, j'espère qu'il y en a au moins un(e) qui s'intéresse à l'architecture parce que mon conseil de la semaine c'est La Grande Arche de Laurence Cossé. Un livre de 368 pages sur la construction de l'arche de la Défense. Gallimard le présente comme un roman mais bon... En fait non, hein. 
Je ne savais rien de l'histoire de ce bâtiment et, pourtant, elle est dingue. Et elle serait impossible de nos jours, notamment parce qu'à l'époque on organisait des concours d'architecture anonymes. Pour l'arche, le projet gagnant était celui d'un Danois que personne ne connaissait et qui n'avait jamais rien construit de cette ampleur, un détail qui va avoir son importance.

Au-delà de la construction maudite –le livre devait d'ailleurs s'appeler Mort d'un architecte mais il parait que c'était pas bon niveau marketing–, ça brosse un portrait acerbe de la France, du fameux «esprit français», et de notre capacité à prendre de mauvaises décisions. 

Mais surtout, grâce à ce livre, j'ai enfin compris pourquoi il y a cette toile tendue toute moche sous l'arche. 

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