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Machin, machine
Chers amis,
 
Cette semaine, commençons par une histoire. C’est alanloff qui l’a racontée sur Twitter, vous l’avez peut-être vu passer.

Il entre dans un magasin de fringues pour enfant acheter un cadeau à son petit-fils quand son téléphone sonne. Il répond et, tout en parlant, commence à marcher machinalement, près de la porte de la boutique. La gérante vient lui demander d’entrer ou de sortir. Il sort, finit son appel, rentre et va s’excuser auprès des vendeuses, pensant que la sonnette de la porte les avait dérangées. Mais la gérante lui explique que ce n’est pas ça qui l’embêtait. Le magasin est équipé d’un logiciel qui comptabilise le nombre de clients entrants, puis le nombre de ventes faites, avec évidemment des objectifs. Du coup, alanloff en entrant plusieurs fois faisait chuter le ratio de ventes. Elle lui raconte également qu’ils sont évalués en temps réel avec un manager qui l’appelle toutes les heures pour lui donner ses objectifs.


L’histoire ne dit pas s’il a acheté cinq pulls pour faire remonter le ratio qu’il avait involontairement plombé.

Mais l’anecdote est intéressante. Outre qu’elle nous apprend que pour être sympa, faut éviter d’entrer plusieurs fois dans un même magasin, elle est la mise en situation concrète de ce qu’on dit depuis un moment sur l’évolution du travail. L’automatisation de certaines tâches, et les algorithmes, polarisent les rôles. Le boulot de vendeur/vendeuse ne disparaîtra pas, parce que quoi de mieux qu’un être humain pour essayer de vous inciter à acheter? Donc tout en bas de l’échelle, niveau fourmi ouvrière, on trouve encore les humains.

Mais alors qu’auparavant, on imaginait que les machines seraient un outil utilisé par les humains, dans ce cas, c'est l'inverse qui se produit. Les vendeuses doivent se plier aux injonctions informatiques, avec un manager qui joue le rôle d’interface humaine mais dont les compétences vont aller en se restreignant et qui, lui, pourra à terme être totalement remplacé par une machine. Pas besoin d’un humain pour mettre la pression. Cette forme de mécanisation ne fait donc pas disparaître les boulots du bas de l’échelle, mais les boulots intermédiaires.

C’est ce que nombre d’économistes prédisent dans un avenir proche. La classe moyenne va se retrouver touchée par les nouvelles vagues de chômage. Le marché du travail se divisera de plus en plus en deux: d’un côté, ceux qui donnent des ordres à des ordinateurs, de l’autre, ceux qui obéissent aux ordres de la machine. Dans ce système, les inégalités vont donc aller en s’accentuant –alors qu’on nous a promis pendant des dizaines d’années qu’elles tendraient naturellement vers une régression.

Jobs à la con au ministère

Conseiller dans un ministère est-ce un job à la con? Pierre Jacquemain, ancien conseiller de Myriam El Khomri qui avait démissionné bruyamment, dénonce dans un livre la vacuité de ces boulots, des méthodes manageriales copiées sur le secteur privé. Ou comment on en est arrivé à passer plus de temps à faire le marketing du gouvernement qu'à réfléchir sur le fond. 

À lire aussi sur Slate

Un article extrêmement juste sur l'éducation positive. J'ai envie de vous copier la moitié du texte mais contentons-nous de: 

«Il s'agirait d'une invitation à une parentalité joyeuse, qui verrait toujours le verre à moitié plein du chocolat chaud répandu sur le sol de la cuisine, des murs crayonnés au stylo indélébile, et des nuits passées à la moulinette des terreurs nocturnes; et qui répondrait aux tracas du quotidien par une créativité sans faille conduisant à improviser un bain-repas, détourner en jeu le pénible rangement des 4.534 pièces du Lego, ou encore organiser un mini-tribunal pour régler cette fâcheuse histoire de morsure fraternelle intempestive.» (C'est exactement ce que j'essaie de faire chez moi jusqu'au moment où je me mets juste à hurler de rage.) 

L'éducation positive, c'est super à un détail près, comme les parents ne sont pas des machines mais des êtres humains, on ne peut pas toujours garder son calme. Et vicieusement, l'éducation positive devient pour les parents une source de culpabilité permanente. 

La France verra-t-elle l'éclosion d'un mouvement de gros? Un combat pour l'acceptation des gros, comme le «fat activism» américain. 

Depuis cet été, je m'étrangle à chaque fois qu'un candidat à la primaire de la droite assène que l'égalité homme/femme c'est la culture française. Alors dimanche, quand j'ai entendu Bruno Lemaire le répéter pendant l'émission «Questions Politiques», je me suis dit: «ok mec, je vais te prendre au mot. File-moi tes 1.012 pages de programme et on va voir quelle importance tu donnes réellement au sujet». Du coup, je me suis tapée les programmes de tous les candidats, et j'ai fait un article.

En vrac : 
- comment la gauche s'est suicidée et pour combien de temps
- la Chine va ouvrir des salles de cinéma pour les films d'art et d'essai et ça pourrait changer beaucoup de choses 
- se forcer à sourire c'est très mauvais pour la santé (et pour l'ego)

 Sur mes internets personnels

C'est la petite histoire qui a illuminé l'internet français: Lorant Deutsch a-t-il un compte Twitter sous pseudo pour insulter les gens qui disent du mal de lui? Eh bien l'intéressé dément dans le Figaro et annonce qu'il va porter plainte pour diffamation contre Buzzfeed. Mais surtout, il nous dit que son compte a été piraté. Ah ah ah... Ça m'a rappelé l'époque où les mecs se trompaient et au lieu d'envoyer des messages de cul en DM les publiaient en public puis affirmaient qu'ils avaient été victimes de piratage. Du coup, Xavier de la Porte revient sur cette tradition du «c'est pas moi, c'est un piratage» dans une chronique.

Moins rigolo mais prenez 2 minutes 45 secondes pour écouter cette chronique de Bernard Guetta. Nécessité. 

De même, le coup de gueule de la rédaction de France 3 Midi-Pyrénées: «Certains de vos commentaires sur Facebook sur l'arrivée des migrants dans la région sont insupportables». 

LA story de la semaine c'est encore à Buzzfeed qu'on la doit. De l'extérieur, le WikiLeaks de 2016 n'a rien à voir avec celui de 2010. Je me souviens que je me suis fait exactement cette réflexion le soir de l'attentat de Nice, où le compte Twitter officiel de l'organisation avait publié des vidéos et photos des cadavres en refusant de flouter les visages au nom de la transparence. Olivier Tesquet s'était énervé contre eux, en vain. Alors que s'est-il passé? En 2010, WikiLeaks était soutenu par des gens de gauche, désormais ils sont proches de la droite et de l'extrême droite. Ce portrait au cutter et vinaigre de Julian Assange nous explique que non, WikiLeaks n'a pas fondamentale changé. C'est passionnant parce que c'est écrit par un journaliste du Buzzfeed américain qui en 2010 bossait avec Assange. À lire donc.  

Chronique audio/vidéo : la dernière de Nora Hamzawi sur les couples fusionnels est hyper drôle. #bitealair.  

Petit vrac : 
- avez-vous le profil d'un lauréat de prix littéraire? (Spoiler: je ne remplis à peu près aucun critère.) 
- je suis encore d'une naïveté confondante. Moi je croyais que les primaires c'était payant pour 1°) rembourser les frais afférents, 2°) prouver la motivation des votants. Mais je n'avais pas imaginé que ça engrangeait des bénéfices qui servaient ensuite à renflouer les partis. Coucou Les Républicains

Conseil culture

Ecoutez, je suis désolée, je vais faire comme tout le monde et conseiller Black Mirror.

Bah ouais.

La saison 3 est vraiment très bien. Enfin... c'est bizarre. Je regarde l'épisode, je me dis «c'est pas mal, c'est malin» et en fait, je me rends compte quelques jours plus tard que je continue d'y penser, mon esprit y revient. Ca m'avait déjà fait ça pour les deux premières saisons. Je crois même que le premier épisode que j'ai vu, j'ai pensé «bof, sympa mais sans plus». Et trois mois plus tard, il restait toujours dans un coin de mon cerveau. C'est une série intelligente mais qui arrive à faire comprendre des enjeux essentiels de façon sensible –là où précisément, tous les experts de l'informatique échouent à parler au plus grand nombre en tenant des discours trop abstraits.  
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