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La Révolution anglaise

Après avoir invoqué le fameux article 50 qui enclenche le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, le gouvernement britannique a annoncé les grandes lignes de la « Great Repeal Bill » qui annulera la loi de 1972 sur l’entrée dans les Communautés européennes, et qui devrait être votée dans le courant de l’année. Il s’agit donc de supprimer dans l’ensemble de la législation nationale les références aux 12 000 régulations européennes en vigueur, aux 7 900 instruments juridiques nationaux de transposition, ainsi qu’à l’ensemble de l’acquis communautaire, estimé à 80 000 textes. C’est un peu comme si un pays réécrivait à marche forcée l’ensemble des lois votées depuis près d’un demi-siècle. La Chambre des Lords, effrayée par ces travaux d’Hercule administratifs, a estimé que la « Great Repeal Bill » représentait « l’un des plus immenses projets législatifs jamais entrepris au Royaume-Uni ». Du passé européen, il faut faire table rase.
 
C’est en ce sens que le Brexit semble paradoxalement étranger à l’esprit de la philosophie politique britannique. Lors de la Révolution française, le libéral (whig) Edmund Burke s’était opposé violemment à l’idée que l’on puisse éradiquer des institutions ayant traversé les âges pour y substituer des constructions arbitraires reposant sur des considérations abstraites. Son pamphlet publié fin 1790, Réflexions sur la Révolution de France, connut un succès immédiat des deux côtés de la Manche. « Les prétendus droits de tous ces théoriciens sont excessifs, y écrivait-il : dans la mesure où ils sont métaphysiquement vrais, ils sont moralement et politiquement faux. » Burke s’appuyait sur deux principes : la valeur de l’expérience accumulée, avec sa cohorte de préjugés légitimes ; et les vertus de l’amélioration graduelle, faite de compromis et de modération. « Quelle est l’utilité de discuter du droit abstrait d’un homme à la nourriture et à la santé ? La vraie question est de savoir comment les lui fournir. » De même, quelle est aujourd’hui l’utilité de discuter d’une souveraineté abstraite ? La vraie question n’est-elle pas de savoir comment rendre les citoyens plus prospères et plus libres ? Le Brexit, c’est la métaphysique continentale, cette « philosophie barbare », qui s’empare soudain des esprits britanniques… Quitter l’Europe parce qu’on a fini par lui ressembler ? Quelle ironie !
 
Edmund Burke aurait une deuxième raison d’être mécontent de ses lointains successeurs à la Chambre des Communes. Lors du vote du mois dernier, les députés ont massivement voté en faveur du Brexit (494 contre 122) : la plupart affirmaient reconnaître ainsi les résultats du référendum, contre leurs propres convictions. Ce faisant, il se sont transformés en « délégués », tenus par l’opinion de leurs électeurs, en abdiquant leur devoir de « représentants », capables d’exercer leur jugement en toute indépendance. En 1774, dans un discours célèbre, Burke présentait ainsi le rôle du député devant ses électeurs de Bristol : « son opinion impartiale, son jugement mûr, sa conscience éclairée, il ne doit pas vous les sacrifier. Votre représentant ne vous doit pas seulement son activité, mais son jugement ; et il vous trahit, au lieu de vous servir, s’il le sacrifie à votre opinion ». Un discours clair qui n’empêcha pas Burke d’être élu…
 
Il reste donc deux ans aux Anglais pour réviser leurs classiques !

Edmund Burke (1729 - 1797)

Homme politique et philosophe irlandais, célèbre pour son soutien à l'indépendance des colonies d'Amérique du Nord ainsi que pour sa ferme opposition à la Révolution française. Père du conservatisme moderne et important penseur libéral, il eut une grande influence sur de nombreux philosophes comme Emmanuel Kant. En savoir plus.
Time To Philo est illustré par Daniel Maja.
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