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Oui à Finkielkraut, non au blogueur breton ?

La semaine dernière, un blogueur ultranationaliste breton a écopé d'une peine d'emprisonnement de deux ans ferme pour incitation à la haine raciale. Nul ne s’en est ému, alors même que la presse et la classe politique ont unanimement défendu le droit d’Alain Finkielkraut à s’exprimer place de la République. Ce qui repose l’éternelle question : quelles limites pour la liberté d’expression ?

Pour une fois, l’opposition entre approche continentale et anglo-saxonne semble pertinente. Nos fameux philosophes des Lumières se battaient avant tout pour le droit… d’imprimer leurs propres ouvrages. La formule si souvent prêtée à Voltaire (« Je désapprouve ce que vous dites, mais je me battrai à mort pour que vous ayez le droit de le dire ») est apocryphe. Tout au plus notre pamphlétaire national, dans ses Questions sur l’Encyclopédie, reconnaissait-il un « droit naturel de se servir de sa plume », avant de conclure : « Un livre vous déplaît, réfutez-le ; vous ennuie-t-il, ne le lisez pas ». Quant à Diderot, il pouvait avoir des mots très durs contre « ces productions infâmes dont les auteurs et les imprimeurs ne trouvent pas assez profondes les ténèbres où ils sont forcés de se réfugier ». D’où la rédaction très ambiguë, sur le plan de la liberté d’expression, de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789), qui tout en garantissant dans son article 11 la « libre communication des pensées et des opinions », donne d’emblée au législateur pleine latitude pour condamner « l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ». Oui à Finkielkraut, non au blogueur breton ?

En revanche, le premier amendement de la Constitution américaine (1791) condamne sans limite « toute loi limitant la liberté d’expression ». Cette vision plus radicale a été théorisée par John Stuart Mill dans On Liberty. Elle repose d’abord sur une conception empirique du savoir humain : personne n’est infaillible, la connaissance avance par tâtonnements (le « choc des opinions »), et la vérité doit sortir renforcée du contre-argument le plus extrême (ce que l’Eglise avait bien compris en mettant en scène les « avocats du diable » lors des procès en canonisation). Mais JS Mill avance également un puissant argument moral : si la vérité n’est pas régulièrement discutée et attaquée, elle devient un « dogme mort », peu à peu dépouillé de sa signification originelle pour s’affadir et se transformer en un simple rituel. « Les professeurs comme les élèves s’endorment à leur poste dès qu’il n’y a plus d’ennemi en présence ». Il faut laisser divaguer les blogueurs bretons pour redonner sens à l’antiracisme.

Seule restriction selon JS Mill : l’atteinte directe à autrui (« harm principle »). L’Etat doit-il interdire les propos qui fâchent, aussi exécrables soient-ils, ou seulement ceux qui blessent ?

Voltaire (1694 - 1778)

Ecrivain et philosophe français. Figure emblématique des Lumières, chef de file du parti philosophique, son nom reste attaché à son combat contre le fanatisme religieux, qu’il nomme « l’Infâme », pour la tolérance et la liberté de pensée. Anticlérical, son objectif politique est celui d’une monarchie modérée et libérale, éclairée par les philosophes. En savoir plus.
Diderot (1713 - 1784)

Ecrivain et philosophe français. Considéré comme le maître d'œuvre de l'Encyclopédie (dont la publication en 35 volumes s'échelonna entre 1751 et 1772), il édifia une œuvre riche et originale, représentative du siècle des Lumières, entre philosophie et littérature, roman et théâtre . En savoir plus.
John Stuart Mill (1806 - 1873)

Philosophe et économiste britannique. Avec On Liberty (1859), il propose une œuvre radicale, défendant les libertés morales et politiques de l'individu face à l'État, la souveraineté de l'individu sur lui-même face à la « tyrannie de la majorité ». Il développa également la doctrine utilitariste (agir ou ne pas agir pour le bien collectif). En savoir plus.
Time To Philo est illustré par Daniel Maja.
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