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Le mot de l'année

Le dictionnaire d’Oxford, la référence de la langue anglaise, a accueilli un nouveau mot cette année : « post-truth », pour post-vérité. Les élections récentes ont en effet été marquées par une diffusion incontrôlée des contre-vérités, de la part des candidats comme de leurs supporters. Face à un bon buzz sur les réseaux sociaux, un démenti n’a que peu de poids. Les algorithmes ne font pas le tri entre le vrai et le faux. A la question « résultats de l’élection américaine », Google News a par exemple affiché en première position un article publié sur un site bidon et prétendant que Trump avait gagné en nombre de voix (alors que c’est Hillary Clinton qui, bien que perdante chez les grands électeurs, avait remporté le suffrage populaire). Mais après tout, la vérité a-t-elle jamais été une valeur politique ?

Il existe une longue tradition philosophique de… défense du mensonge en politique. Platon le premier avait prescrit le « noble mensonge » comme remède, pharmakon, dans la mesure où il est utile à la cohésion de la Cité. Aristote ou Tacite ne trouveront rien à y redire. Le droit romain inventera la notion de bonus dolus (tromperie acceptable). Machiavel portera le mensonge et la tromperie au niveau de l’art, pour le Prince comme pour lui-même : « Il y a beau temps, écrit le Florentin dans une lettre à Guichardin, que je ne dis jamais ce que je crois et que je ne crois jamais ce que je dis, et s’il m’échappe parfois quelque brin de vérité, je l’enfouis dans tant de mensonges qu’il est difficile de la retrouver. » De sorte que l’académie de Berlin pouvait encore poser candidement, en 1780, la question suivante : « est-il utile de tromper le peuple ? » Que ce peuple soit trompé directement par la parole de l’autorité, ou manipulé par les trolls sur les réseaux sociaux, quelle est au fond la différence ? Donald Trump incarnerait-il le retour du noble mensonge platonicien, décliné sur Twitter ?

Mais autant cette conception suppose une distinction claire entre vérité et mensonge, autant l’idée de « post-vérité » implique une confusion progressive entre les deux. Progressivement, vrai et faux deviennent indémêlables, les faits invérifiables, les débats indécidables. Le Prince lui-même, simple émanation du marais des opinions contradictoires, ne cherche plus à discerner le mensonge conscient de la demi-vérité. C’est l’avènement de ce que Nietzsche annonçait il y a un demi siècle et demi : le nihilisme, par-delà bien et mal, par-delà vrai et faux. Voici comment Zarathoustra, le prophète païen que Nietzsche met en scène, décrit le dernier homme, incarnation du nihilisme :

« La terre sera alors devenue toute petite, et sur elle sautillera le dernier homme, qui rapetisse tout. Nous avons inventé le bonheur, disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d’autres sentiments va de son plein gré dans la maison des fous. »

Si nous ne voulons pas entrer dans la maison des fous, il ne tient qu’à nous d’exiger (un peu) de vérité…

Platon (vers 427 av. J.-C., vers 347 av. J.-C)

Philosophe antique de la Grèce classique, contemporain de la démocratie athénienne. Il est considéré comme l'un des premiers philosophes occidentaux, voire comme l’inventeur de la philosophie. Il reprit le travail philosophique de certains de ses prédécesseurs, notamment Socrate dont il fut l'élève. En savoir plus.
Nicolas Machiavel (1469 - 1527)

Penseur humaniste italien de la Renaissance, philosophe, théoricien de la politique, de l'histoire et de la guerre. Dans son ouvrage le plus célèbre, Le Prince (1513), souvent accusé d'immoralisme, il décrit comment devenir prince et le rester. En savoir plus.
Friedrich Nietzsche (1844 - 1900)

Philosophe et poète allemand, il effectue une critique de la culture occidentale moderne, notamment dans Humain, trop humain (1878), et de ses valeurs morales, politiques et religieuses. En savoir plus.
Time To Philo est illustré par Daniel Maja.
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