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Invitation aux voyages
par Gaspard Koenig 

Chers fidèles abonnés de Time to Philo,
 
Je me permets de vous inviter au lancement de mon prochain livre mardi prochain (27 février) à Paris (voir les détails au pied de ce mail). En entremêlant récits de voyage et réflexion théorique, j’ai voulu confronter mes idées de philosophique politique au réel, depuis les bidonvilles de Lima jusqu’aux prisons ouvertes finlandaises.


Et pour m’excuser de cet exercice d’auto-promotion, je me plie à la loi de Time to Philo en répondant aujourd’hui à la question : pourquoi donc un philosophe devrait-il voyager ? Car de Socrate à Gilles Deleuze en passant par Kant, l’histoire des idées regorge de penseurs sédentaires, préférant le confort de leur bibliothèque aux aléas des aventures lointaines.
 
Opposer savoir livresque et expérience de terrain est un peu court. Voyager, c’est poursuivre la connaissance par d’autres moyens. Dans son Discours de la méthode, René Descartes trace ainsi une équivalence parfaite entre la connaissance des livres anciens et la découverte de pays nouveaux : « C'est quasi le même de converser avec ceux des autres siècles, que de voyager. » Il appliqua rigoureusement ce principe : après avoir étudié au collège jésuite de La Flèche et s’être rassasié de toutes les sciences de l’époque, le jeune René décide de s’engager dans l’armée. « Et me résolvant de ne chercher plus d'autre science, que celle qui se pourrait trouver en moi-même, ou bien dans le grand livre du monde, j'employai le reste de ma jeunesse à voyager, à voir des cours et des armées, à fréquenter des gens de diverses humeurs et conditions, à recueillir diverses expériences. » Expériences qui sont sanctionnées par les faits, par la réussite ou l’échec, davantage que les spéculations métaphyisques d’un « homme de lettres dans son cabinet ». C’est après ces voyages qui le mènent de la Hollande à l’Italie en passant par l’Allemagne ou le Danemark que Descartes conçoit la fameuse méthode de raisonnement a priori qui caractérise sa pensée. Ainsi le plus introspectif de nos métaphysiciens doit-il ses innovations conceptuelles au grand air des champs de bataille européens !
 
Mais ce n’est pas seulement la connaissance que l’on va chercher en voyageant. C’est aussi une forme d’objectivité qui nous est souvent refusée dans notre propre culture, où nous avons nos habitudes, nos passions, parfois nos préjugés. Il n’est pas innocent que Voltaire convoque un Huron ou Montesquieu des Persans pour décrire les vices et les travers de la société des Lumières. A l’inverse, Claude Lévi-Strauss qui prétendait détester les voyages et les explorateurs a entrepris ses propres périples en Amazonie en quête d’un regard impartial sur les structures sociales. « Entraînés nous-mêmes dans le mouvement de notre société, nous sommes en quelque sorte partie au procès », écrit l’anthropologue en conclusion de Tristes Tropiques. Mais « quand il s’agit de sociétés différentes, tout change : l’objectivité, impossible dans le premier cas, nous est gracieusement concédée. N’étant plus agent, mais spectateur des transformations qui s’opèrent, il nous est d’autant plus loisible de mettre en balance leur devenir et leur passé ». L’impartialité augmente à mesure des kilomètres parcourus. La sagesse est au bout du chemin…
 
Laissons pour conclure la parole au philosophe, voyageur et poète que fut Montaigne, qui recommandait pour éduquer les enfants la visite des pays étrangers, afin de… « limer et frotter notre cervelle contre celle d’autrui ». Bon voyage ! 
 
Gaspard Koenig

PS : pour faciliter l'organisation de l'événement, merci de vous inscrire auprès de Mariam Camara : mariam.camara@editions-observatoire.com 

Time To Philo est illustré par Daniel Maja.
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