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La lettre du Centre d'études en
sciences sociales du religieux (CéSor)

Janvier 2016

Le CéSor en publications

Cité de Dieu, cité des hommes

L'Église et l'architecture de la société

Dominique Iogna-Prat
 
Cet ouvrage propose de reprendre l’examen de l’émergence en Occident de la question de la « cité » en accordant toute sa place au « Moyen Âge » des années 1200-1500, le plus souvent absent des ouvrages de philosophie politique adeptes du grand saut de la cité de Platon à celle de Machiavel ou de Hobbes. La société peut-elle être conçue comme une « architecture » après 1200, quand semble s’épuiser la force métonymique du rapport église/Église qui a longtemps permis de concevoir la communauté humaine comme une architecture d’Église ? Si oui, par quels canaux ? Une première voie d’exploration est offerte par la notion aristotélicienne de « science de l’architecture » qui permet de mesurer la portée de l’aristotélisme politique dans l’organisation encyclopédique des sciences et des arts, couronnée par la théologie et la politique, et le renouvellement afférent de l’« architectonique » de la société. Une autre ligne d’examen entraîne l’historien dans le « laboratoire urbain » occidental, spécialement dans le « laboratoire italien » de l’époque communale et de l’humanisme, d’où émerge une véritable révolution des discours sur le social avec les premiers traités d’urbanisme. Le passage d’une configuration métonymique à l’autre, de l’église/Église à la ville/cité, est ainsi porteur d’un renouvellement des conceptions de la société relevant d’abord de l’« ecclésiologie », puis de l’« urbanisme », d’une Église qui « fait » la société, à une ville qui « fait » la cité, la nature de ce « faire », sacramentel dans le premier cas, restant à déterminer dans le second : politique de l’État laïque, esthétique de l’architecte et de l’artiste ? En outre, l’évolution des rapports métonymiques de ce qui « fait » la société dans l’Occident médiéval permet d’examiner un problème clé de nos périodisations du social dans le long terme de l’Histoire, avec le grand tournant de la « modernité », mais modernité « sécularisée », modernité « politique » sans religion, fondatrice de l’autonomie des sociétés humaines, ou, au contraire, modernité « religieuse » avec une recomposition des rapports de la société aux institutions détentrices du « sacré » ?

La Théodicée de Fénelon. Ses éléments quiétistes

Suivi de : Fénelon 1908. Jacques Rivière philosophe

François Trémolières
 
On s’accorde généralement à voir en Jacques Rivière (1886-1925) un « passeur » capital. On connaît son œuvre critique (Études, 1911) et son rôle aux éditions Gallimard, directeur de La Nouvelle Revue française de 1919 à sa mort : il admire Proust, il soutient Artaud, il ferraille avec ce qui devient sous ses assauts la vieille garde… En revanche on ne lit plus guère ses romans (Aimée, 1922) – et l’on a tout à fait oublié le philosophe.
Il faut dire qu’il y a mis du sien. Brillant étudiant de philosophie dans la Sorbonne d’avant guerre, il échoue à l’agrégation et renonce à la discipline. C’est qu’il est déjà bien davantage attiré par la littérature, correspondant précoce de Paul Claudel, puis d’André Gide, frère spirituel d’Alain-Fournier (l’auteur bientôt du Grand Meaulnes) dont il épouse la sœur Isabelle. 
Reste néanmoins un petit ouvrage, mémoire d’université soutenu en juin 1908 (Rivière n’avait pas 22 ans), dont l’intitulé technique dissimule une question vive : quel lien entre une approche rationnelle du divin (la « théodicée ») et une approche mystique, expérimentale (le « quiétisme ») ?
Question d’époque dans un contexte de conflit aigu entre science et religion ; question personnelle aussi pour ce jeune homme en dispute avec le catholicisme de son milieu et qui résiste au « missionnaire » Claudel, auquel il ne craint pas d’expliquer que le « christianisme théologique » est un panthéisme qui s’ignore. Exercice spéculatif enfin, qui marque les débuts d’une forme de critique par empathie – Rivière s’attachant, selon ses mots, aux « contradictions » de Fénelon (1651-1715), « un esprit trop riche pour n’avoir jamais qu’une conviction ».
Mais il ne s’agit pas seulement d’un document sur le jeune Rivière : la publication du mémoire par les Annales de philosophie chrétienne (bientôt condamnées par l’Église romaine pour « modernisme »), de novembre 1908 à mars 1909, fait signe dans les débats du temps et l’inscrit dans la longue durée de la réception de l’un des grands écrivains classiques, l’auteur des Aventures de Télémaque (1699).
Donner à lire La Théodicée de Fénelon. Ses éléments quiétistes, c’est donc l’insérer dans un double récit ; et tenter de comprendre un paradoxe : qu’elle ait fait date chez les lecteurs de Fénelon, quand ceux de Rivière, et Rivière lui-même, l’ont occultée. D’où l’importante étude : Fénelon 1908. Jacques Rivière philosophe qui accompagne notre édition – la première depuis sa parution en revue. 

 
Éditions du Félin - Novembre 2015 - Collection : Les marches du temps

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Habemus gender !

Déconstruction d’une riposte religieuse

Ont participé à cet ouvrage : Martine Gross, Céline Béraud, Valérie Piette, Sophie van der Dussen, David Paternotte...
Depuis 2012, les mobilisations françaises contre l’ouverture du mariage et de l’adoption aux unions de même sexe ont défrayé la chronique, tant en France qu’à l’étranger. Celles-ci ont révélé l’existence d’un mouvement sans précédent, dont l’agenda dépasse largement la reconnaissance des droits des homosexuels.le.s. En effet, ces opposants ne refusent pas seulement le droit de se marier ou de devenir parents aux couples de même sexe, mais dénoncent aussi ce qu’ils appellent l’« idéologie » ou la « théorie du genre ». Cette « idéologie/théorie », qui nierait l’altérité sexuelle et refuserait de penser les relations entre hommes et femmes sur le mode de la complémentarité, constituerait une dangereuse menace pour l’humanité. Pour cette raison, les groupes appartenant à cette mouvance ont élargi leur champ d’action et se mobilisent par exemple contre l’enseignement du genre dans les écoles ou à l’université.
Si ces mobilisations ont pris des allures spectaculaires dans l’Hexagone, on les retrouve – avec des fortunes diverses – dans un grand nombre de pays. Elles se manifestent aussi au sein d’institutions internationales telles que le Conseil de l’Europe ou l’ONU. À partir d’une relecture d’auteurs comme Judith Butler, l’« idéologie/théorie du genre » offre un cadre analytique permettant de dénoncer les détournements de langage auxquels se livreraient indistinctement théoricien.ne.s du genre, militant.e.s féministes et activistes LGBT et d’embrasser ces trois ennemis de manière simultanée. L’« idéologie/théorie du genre » constitue ainsi un outil puissant de contre-offensive idéologique et un instrument de lutte contre les avancées en termes de droits. Comme le montre ce numéro, ce discours est particulièrement présent au sein de l’Église catholique qui, de certaines communautés locales aux plus hautes instances de la hiérarchie vaticane, dénonce avec véhémence les méfaits supposés du genre et se mobilise pour les contrer. 
Ce numéro thématique s’articule en trois parties. Il pose tout d’abord quelques balises historiques et théoriques et situe ces mobilisations dans un cadre sociologique et idéologique plus vaste. Il s’intéresse ensuite au cas français et souligne tant l’exemplarité que la singularité des débats récents dans l’Hexagone. Dans un troisième temps, il compare ces mobilisations à ce qui s’est passé dans d’autres pays et aborde des enjeux similaires en Belgique, en Espagne, en Italie et au Mexique.


2016, Éditions de l'Université de Bruxelles
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Focus

L’Église, un dictionnaire critique

 

La forme éditoriale du dictionnaire rencontre depuis plusieurs années un étonnant succès public, sans que l’on sache très bien si cet essor manifeste une vitalité ou une stérilisation doctrinaire des disciplines concernées. Plutôt que d’observer un éloignement circonspect, beaucoup de chercheurs ont entrepris de jouer avec les contraintes de l’objet pour produire, au fil du plus insignifiant des classements (l’ordre alphabétique), un balisage dynamique et, autant que possible, novateur de champs académiques plus ou moins établis. C’est dans cet esprit que la collection des Presses Universitaires de France, qui accueille déjà le Dictionnaire des faits religieux dirigé par Danièle Hervieu-Léger et Régine Azria, s’enrichira en 2020 d’un Dictionnaire critique de l’Église

Cette nouvelle entreprise est le fruit d’une longue réflexion commune de Dominique Iogna-Prat, Frédéric Gabriel et Alain Rauwel, issue de séminaires, colloques et journées d’études déployés sur plusieurs années, et qui a débouché sur le constat suivant : si l’on parle de plus en plus d’un « retour du religieux » et de son articulation toujours délicate à la sphère politique, ce lieu commun ne suscite guère de retour sur le rôle joué par l’Église (au sens le plus large du terme) dans la « fabrique » des sociétés d’Occident. Historiens et politistes ne prennent quasiment jamais en compte l’ecclésiologie, même quand il s’agit de se pencher sur l’histoire de la gouvernementalité et des structures institutionnelles. Curieusement, le monde de la recherche en sciences sociales ignore ainsi le plus souvent l’outil heuristique de première importance que représente l’Église pour penser la société comme « universel » et comme totalité sociologique. Au terme d’une longue histoire, qu’il s’agit justement de reconstituer, on peut dire que, via la philosophie classique, la tradition sociologique du XIXe et du XXe siècle a hérité de la notion d’« Église » pour penser les formes d’association par « communion », « conjonction », « corporation » : songeons par exemple à Durkheim et à Weber. C’est pourquoi le dictionnaire en préparation se propose d’adopter une méthodologie adaptée à l’étude de ce qui devient dès le XVIIIe siècle un concept de référence pour penser la modernité séculière dans la tension Église/État. 

Pourquoi proposer un dictionnaire de l’Église alors qu’il existe déjà d’imposants dictionnaires et histoires de l’Église, de l’orthodoxie, de la papauté, de la foi, de la liturgie, du droit canonique, de la spiritualité, de l’éthique, de l’œcuménisme, ou plus généralement de la religion et des faits religieux, où notre objet semble traité de manière extensive ? D’abord parce qu’aucune des entreprises existantes n’aborde l’objet comme nous l’entendons, avec ce type de découpage et d’entrée dans la matière « Église », qui permet un autre regard qu’une simple histoire-récit. Notre dictionnaire n’est pas d’abord conçu comme un livre « de contenu », ou comme une histoire de l’Église découpée en articles, il ne se veut pas descriptif mais bien critique, avec notamment deux objectifs : mettre en évidence et discuter les problématiques qui structurent l’institution ecclésiale et ses ramifications, et, corrélativement, proposer une cartographie des « champs » relatifs à ce domaine. Ainsi, nous évitons de faire la synthèse de ce qui se trouve déjà ailleurs, rendant les articles plus clairs et plus disponibles pour une problématisation indispensable de leur champ. 

Classiquement, quand il s’agit de définir l’Église, la tradition reconnaît d’emblée l’ambiguïté du terme, ses sens multiples : c’est cette ambiguïté et sa polyphonie que nous voulons explorer de manière dialectique. Il ne s’agit pas de décrire les manifestations de l’Église, mais de se concentrer sur sa théorisation au sein d’une histoire intellectuelle et doctrinale, qui relève autant des sciences des religions que des sciences sociales, du droit, des sciences politiques, de la philosophie ou de la Konstellationsforschung. Le but est bien de réfléchir sur les catégories dans la dynamique de leur construction et de leurs évolutions, qu’elles soient endogènes à l’histoire chrétienne (telle la notion d’« unité ») ou exogènes, c’est-à-dire propres à la modernité des sciences sociales (tel le concept sociologique d’« appartenance »), ou encore les deux à la fois (pensons au « charisme » des origines chrétiennes réélaboré en un concept scientifique généraliste par Weber).

Comment le dictionnaire est-il conçu, et comment l’utiliser ? Cette question décide autant de son originalité formelle que conceptuelle. Il arrive que la multiplication des entrées ne propose que des membra disjecta d’un objet ou d’un thème. Nous avons choisi de privilégier des articles longs, construits, hiérarchisés et qui montrent tout l’ambitus du terme retenu. L’adjectif « critique », lui, indique le choix de ne pas laisser dans l’ombre l’historiographie et de ne pas tenir pour acquises les thèses que son élaboration présuppose. Cet ouvrage de « référence » se veut tel dans la mesure où il prend aussi en compte l’importance de la constitution des objets, et la part confessionnelle et partisane à laquelle ils n’ont pas manqué d’être soumis. 

Ce projet est pleinement collectif. Aux côtés des trois directeurs, un comité éditorial d’une quinzaine de membres joue un rôle nullement symbolique. C’est par lui qu’a été établie, après de longues discussions, la liste des entrées. De même, pour la rédaction des articles, il est entendu que l’on ne vise pas des « notices d’auteur », insistant sur la singularité d’une seule position théorique, mais des textes qui soient le fruit d’une élaboration collective, issus de plusieurs séries de débats et de relectures. La discussion de la plupart des articles en séminaire est de ce point de vue décisive, témoignant de l’attachement à un espace public académique d’autant plus crucial qu’il s’agit d’étudier un objet social qui fut et demeure lui-même, à sa (ses) manière(s), un espace public.

 

Frédéric Gabriel, Dominique Iogna-Prat, Alain Rauwel

 L'événement du mois

 

 

Journées d’études

Jeudi 21 et vendredi 22 janvier 2016

 

Qui aurait pu imaginer, il y a encore vingt ans, l’intérêt que les chercheurs viendraient à porter aux aspects proprement « religieux » des œuvres d’Henri de Saint-Simon et d’Auguste Comte, ces deux grands constructeurs de théories du social en contexte post-révolutionnaire ? L’enquête à réaliser en la matière chez ces deux auteurs féconds et leurs épigones est, à vrai dire, considérable. En manière de préliminaire aux travaux de grande ampleur qui pourraient être entrepris dans cette direction, les journées d’étude sur les « reconfigurations religieuses » du premier XIXe siècle, organisées conjointement par l’Association internationale « La Maison d’Auguste Comte », la Société des études saint-simoniennes, et le Centre d’études en sciences sociales du religieux de l’EHESS, ont pour but d’offrir un premier aperçu des questions, en partant à la fois des œuvres et en en situant thématiques et harmoniques dans un contexte intellectuel plus large.
 

Jeudi 21 janvier 2016

Maison d’Auguste Comte, 10 rue Monsieur-le-Prince, 75006 Paris
 

14h00 : Accueil

Entrée en matière

14h30 : Dominique Iogna-Prat, EHESS/CNRS, Recompositions en mots : « Construire/reconstruire », « Église », « fraternité », « nouveau christianisme », « organisation », « pouvoir spirituel »

 

Religions et recompositions sociales

15h00 : Frédéric Brahami, EHESS, La structure du pouvoir spirituel

16h00 : Rita Hermon-Belot, EHESS, La loi sur le sacrilège et son débat, carrefour des recompositions du XIXe siècle français

17h00 : pause

17h30 : Danièle Hervieu-Léger, EHESS, Monachisme et recompositions utopiques

18h30 : Visite de l’appartement d’Auguste Comte suivie d’un pot

 

Vendredi 22 janvier 2016

Bibliothèque de l’Arsenal, 1 rue de Sully, 75004 Paris

 

Saint-Simon, Comte et leurs nébuleuses

9h30 : Philippe Régnier, CNRS, Lyon, Les Saint-Simoniens en quête de religieux

10h30 : Philippe Boutry, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne/EHESS, Saint-simoniens et fouriéristes devant l'Index romain

11h30 : pause

12h00 : Valérie Assan, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, D’Eichtal et le judaïsme

13h00 : déjeuner

14h30 : Jean-François Braunstein, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Comte et l’islam

15h30 : Juliette Grange, Université François Rabelais, Tours, Comte et les utopies mariales

16h30 : Danièle Hervieu-Léger, Pour conclure

17h00 : Les Saint-Simoniens à l’Arsenal (présentation du fonds)

Les Débats du CéSor

 

 

14 janvier 2016, 18h-20h

 

Débat consacré à la thèse d'Émile Poulat

10 rue Monsieur le Prince, 75006 Paris
(Salle Alphonse Dupront, Rez-de-chaussée)
 
Le désir de voir Dieu et sa signification pour la théologie française contemporaine  est la thèse de théologie d’Émile Poulat (1920-2014), alors jeune prêtre (1950), restée inédite jusqu’en 2015. 

Interventions de Claude Langlois, Étienne Fouilloux et Denis Pelletier


Débat animé par Frédéric Gugelot, en présence des éditeurs de l’ouvrage, Yvon Tranvouez et François Trémolières


Eventbrite - Les Débats du CéSor-EHESS, 14 janvier 2016

De passage au CéSor

 

Verónica Giménez Béliveau
 

Docteure en Sociologie à l’EHESS/UBA (Doctorat en cotutelle, 2004), elle a obtenu son DEA en Sociologie (EHESS, 1998), et sa Licence en Sociologie à l’Université de Buenos Aires (1996). Elle est chercheuse au CONICET (Conseil National de Recherche Scientifique, Argentine) depuis 2006, et professeur à l’Université de Buenos Aires. Elle dirige actuellement deux projets, le Réseau CLACSO (Conseil Latino-Américain en Sciences Sociales) Religión, espiritualidades y poder, et le projet Dinámicas transnacionales de las construcciones identitarias en grupos migrantes, religiosos y diaspóricos (Argentina, 2011-2013), financé par l’Agence Nationale de Recherche Scientifique (Argentine).

Verónica Giménez Béliveau a été postdoctorante à l’Institute for Social Change (University of California, Berkeley, 2007), professeure invitée à l’Université de Columbia (New York, 2008), directeur d’études associée à l’IHEAL (Chaire Pablo Neruda, 2010- 2011), et directrice d’études invitée à l’EHESS (2013). 
Ses travaux sont publiés en espagnol, français, anglais, italien et portugais dans des revues internationalement reconnues (Social Compass, Frontera Norte, Sociedad y Religión, Religião e Sociedade, Cultura y Religión, Recherches Qualitatives, Autrepart, Postscripts, Religioni e Società). Elle a publié Católicos militantes. Comunidad, sujeto e institución en el catolicismo en Argentina 1990-2003 (Buenos Aires, Eudeba, 2016), et a co-édité plusieurs ouvrages : Religión, cultura y política en las sociedades del Siglo XXI, (Buenos Aires, Biblos, 2013, en collaboration avec Emerson Giumbelli), A Tríplice Fronteira. Espaços nacionais e trânsitos globais (Editora Universidade Federal do Paraná, Curitiba, Brésil, en collaboration avec Lorenzo Macagno et  Silvia Montenegro), entre autres.
 
Les recherches de Verónica Giménez Béliveau se penchent sur les sociabilités catholiques dans les pays du Cône Sud d’Amérique, les mobilités encouragées par la religion, et les formes d’identification sociales, politiques et religieuses dans les sociétés contemporaines. Au CéSor, dans le cadre de l’appel à directeur d’Études associé de la Maison des Sciences de l’Homme, Verónica Giménez Béliveau conduira une recherche comparative (France- Argentine) sur l’intersection entre santé et religion, particulièrement axée sur les rituels de libération et d’exorcisme au sein du « catholicisme contemporain ». Elle est également invitée au séminaire Catholicisme contemporain, dirigé par Danièle Hervieu-Léger, Céline Béraud et Denis Pelletier, et elle participera aux ateliers consacrés à la traduction à l’Espagnol d’Amérique Latine du Dictionnaire des faits religieux dirigé par Régine Azria et Danièle Hervieu-Léger

 Les ateliers du CéSor

 

 

La magie dans l’Orient chrétien, juif et musulman : 

 

Comparaison de pratiques & pratiques en comparaison

 

(Ateliers coordonnés par Ayda Bouanga, Docteure en Histoire, Post-doctorante Labex Hastec, rattachée au
CéSor EHESS/UMR 8216)

Ces ateliers de réflexionvisent à ouvrir un espace de discussion concernant les pratiques magiques dans l’Orient chrétien, juif et musulman. Autour d’un double exercice de comparatisme et de croisement disciplinaire dans la longue durée, ces sessions permettront l’échange et la confrontation de travaux et d’hypothèses touchant aussi bien à la dimension textuelle des rites et usages magiques qu’à l’analyse de pratiques et de leur encadrement.

Au sein de l’Orient chrétien, juif et musulman, les sortilèges, la mantique, ou encore l’envoûtement sont des pratiques que nous pouvons qualifier d’informelles au regard du système de croyance auquel elles appartiennent. De l’Antiquité à nos jours, ces manifestations désignées comme « magiques » par les textes sacrés, furent à la fois condamnées, réglementées et codifiées par les pouvoirs politiques et religieux. Pour agir, lesdäbtära éthiopiens, les marabouts d’Afrique de l’Ouest, les mages de Grèce antique et de Byzance ou encore les Samaritains de Naplouse, ont recours à diverses figures antiques, saintes ou « païennes »auxquelles ils font appel en fonction d’une demande. Ces médiations passent par les objets qu’ils fabriquent : rouleaux protecteurs et amulettes. Leurs performances permettent de se protéger d’un esprit, de demander son intercession ou celle d’une figure supranaturelle. Les lignes d’évolution parallèle et les nombreux points communs entre les praticiens, les objets, les rituels et les référents des pratiques magiques dans l’Orient chrétien, juif et musulman conduisent à divers questionnements que les intervenants de ces ateliers mettront au centre de leurs réflexions.

Les mages, les marabouts, les samaritains ou encore les däbtära exercent diverses activités. Au sein de la société, ils disposent à la fois d’une position officielle (prêtres, chantres de l’Église, ascètes, érudits) et marginale (devins, envouteurs, lanceurs de sorts). Ces hommes possèdent un savoir religieux, parfois acquis lors d'un parcours clérical. Ils ont connaissance des pratiques « magiques » antiques et des cultes aux divinités « païennes ». La fabrication d’objets apotropaïques requiert un savoir-faire alliant la maîtrise de l’art décoratif et des modèles picturaux religieux, le travail de parchemins, la pratique de l’orfèvrerie et de la métallurgie. Cette polymathie procure à ces hommes un statut social que l’on peine à circonscrire. Parallèlement, les modalités d’acquisition et de transmission de leurs connaissances sont en grande partie méconnues. Tandis que les éléments qui concourent à forger le charisme, l’autorité et la puissance heuristique de ce corps de métier restent relativement énigmatiques.

L’utilisation des objets comme supports des manifestations magiques dans l’Orient chrétien, juif et musulman et notamment l’usage des amulettes et des rouleaux dans lesquelles des prières et des dessins sont consignés, est un invariant dans cette région. Ce phénomène questionne la place des outils de dévotion au sein de ces pratiques. Les procédés menant à leur réalisation donnent à ces objets des pouvoirs. Ils deviennent des médiums permettant d’établir un contact avec des êtres supranaturels. Ces ateliers nous mèneront à nous interroger collectivement sur les mécanismes permettant aux objets de devenir des nœuds de relation.

Les référents auxquels ces pratiques font appel conduisent à une réflexion sur la circulation de figures historiques et supranaturelles au sein de l’Orient chrétien, juif et musulman. L’historiographie sur la mantique ou l’arithmancie notamment grecque, byzantine, copte, syriaque ou éthiopienne indique qu’il est régulièrement fait appel aux mêmes figures. Citons Salomon, son Testament, et ses odes, contenant des recettes pour la réalisation d’amulettes ; Saint Cyprien d’Antioche, mage du IVe siècle converti au christianisme ; ou encore Alexandre le Grand auquel on attribue une connaissance des mystères spirituels.

L’emploi des textes sacrés est également au cœur des pratiques magiques dans l’Orient chrétien, juif et musulman. Des passages des Évangiles, des Psaumes, du Coran ou de la Torah sont utilisés dans toute la région pour pratiquer la divination. Citons la valeur numérique des caractères guèzes (langue savante de l’Église éthiopienne), coptes, hébreux ou arabes, permettant l’arithmancie. Ces textes ne sont pas mis en œuvre dans leur état brut. Ils sont soumis à un travail de transformation qui agit sur leur forme et leur sens en leur conférant une valeur performative.

Lors de ces différentes séances, les questionnements sur les agents et les mediums d’un faire-croire nous mèneront à nous interroger sur la place de ces manifestations dans les sociétés chrétiennes, musulmanes et juives orientales. Le rejet par les textes sacrés des pratiques magiques, de même que leur régulière condamnation ou codification par les instances religieuses et/ou dirigeantes, fait état d’un hiatus entre la législation et les faits. Paradigme qui suggère une porosité des frontières entre rationalité savante (celle de l’élite chrétienne, juive ou musulmane) et rationalité croyante. Nous nous interrogerons sur les contextes religieux et politiques propres à ces législations ; sur l’existence d’invariants à ces codifications ; sur la mise en place d’un faire-croire collectif encadré par les élites lettrées.

Parallèlement, ces manifestations suggèrent l’instauration de systèmes de sens (concept cher à M. Mauss) au sein des sociétés chrétiennes, musulmanes et juives orientales. Il s’agira d’en analyser les modalités et les contenus. Ces pratiques et leur pérennité dans la longue durée posent aussi la question de leur efficience thérapeutique, de leur appréciation et de leur réception par les populations. Cet axe d’analyse donnera la parole aux composantes silencieuses de ces sociétés : les fidèles, clients des « magiciens » chrétiens, musulmans et juifs orientaux.

« La comparaison qui est ici recherchée n’est pas strictement morphologique, isolant des traits similaires dans des sociétés distantes. Il s’agit de questionner des dynamiques qui s’expriment sous des variations de formes ; de travailler sur des objets constituant des zones de convergences qui peuvent correspondre soit à des contacts réels, ponctuels ou continus, soit à des convergences analytiques sur la base de similitudes résultant de dynamiques structurelles ou idéelles sous-jacentes qu’il s’agirait d’élucider »3.
 

1 Cette initiative s’insère dans une série de rendez-vous comparatifs mis en place dans le cadre d’un appel d’offre du Labex Hastec. Projet de rencontres « Pratique de la comparaison et comparaisons de pratiques. Christianismes éthiopiens et méditerranéens en regard », Co-organisé par Eloi Ficquet (MCF EHESS/CéSor), Marie-Laure Derat (chargée de recherche CNRS/IMAF) et Ayda Bouanga, octobre 2015

2 Il est ici fait référence à des pratiques liées à des cultes perçus comme « païens » par les chrétiens, les juifs ou les musulmans (citons les djins, les däsk, les zar).

3 Eloi FICQUET, Argumentaire général, projet de rencontres « Christianismes éthiopiens et méditerranéens en regard », présenté pour un financement du Labex hastec, co-organisé avec M-L. Derat et A. Bouanga, octobre 2015.

 

Planning des ateliers

 

La magie dans l’Orient chrétien, juif et musulman : Comparaison de pratiques & pratiques en comparaison 

 

Toutes les séances auront lieu en salle Alphonse Dupront

10 rue Monsieur le Prince, 75006 Paris


Vendredi 15 janvier 2016 - 13h/15h
A. Bouanga (Post-doctorante Labex Hastec, EHESS/UMR 8216 - CéSor), « Séance d’introduction. Petite histoire des savoirs : le cas des däbtära (Éthiopie XVe-XXe siècles »

Vendredi 29 janvier 2016 - 15h/17h
S. de Menonville (Doctorante Paris 5, CANTHEL/EA 4545),  « Récits moraux sur les däbtära (Éthiopie contemporaine) »

Vendredi 12 février 2016 - 15h/17h
C. Hamès (Chargé de recherch CNRS, EHESS/UMR 8216 - CéSor), « Magie et religion : rapports et distinctions »

Vendredi 11 mars 2016 - 15h/17h
S. Dugast (Chargé de recherche IRD), « Un cas limite de consultation divinatoire chez les Bassar du Togo : la divination pour un noyé »

Vendredi 25 mars 2016 - 15h/17h
N. Belayche (Directeure d’études, EPHE/UMR 8210 - AnHiMA), « Les pratiques magiques à Beyrouth au Ve siècle : un ‘lieu’ de l’interculturalisme »

Vendredi 8 avril 2016 - 15h/17h
F. Buzzeta (Docteure en philosophie, Chercheuse (fellow) Institut d’Études avancées de Paris), « La kabbale pratique entre Orient et Occident (XVe - XVIe siècles) »

Vendredi 15 avril 2016 - 9h/11h
L. Fronval (Doctorante en anthropologie, EHESS/UMR 8564 - CEIAS), « Pratiques contemporaines de bibliomancie en Iran : fâl-e Hâfez et estekhâreh, vers une divination modernisée ? (XVe - XXIe siècles) »

Vendredi 22 avril 2016 - 15h/17h
S. Vlavianos (Docteure en histoire, EHESS/UMR 8558 - CEB), « La figure du mage à Byzance entre pratiques supposées et réelles (VIIIe - XVe siècles) »

Vendredi 13 mai 2016 - 15h/17h
O. Legrip (Docteure en anthropologie, Lyon 2/UMR 5190 - LARHRA), « ‘‘J’ai un tel bagage, je suis l’équivalent d’un pasteur ! ’’ Intégration de pratiques magico-religieuses à l’exorcisme protestant à Madagascar »

Vendredi 20 mai 2016 - 16h/18h
C. Carastro (Maitre de conférence, EHESS/UMR 8210 - AnHiMA), « Titre de l’intervention à confirmer »

Vendredi 27 mai 2016 - 15h/17h
E. Abate (Docteure en Langues, Littératures et Civilisation Juives, EPHE/ EA 4116 - SAPRAT), « Nouvelles lumières sur la tradition du Sode Rezayya (‘‘Secret des secrets’’) d’Eleazar de Worms (XIIe - XIIIe siècles) »

Vendredi 10 juin 2016 - 15h/17h
F. Urien (Doctorante en anthropologie historique et religieuse, EHESS/UMR8177 - IIAC), « Revendiquer l’antériorité et prédire l’avenir dans la société palestinienne. Les Samaritains de Naplouse, de la pratique magique au lien social »

Vendredi 17 juin 2016 - 11h/13h
P. Odorico (Directeur d’études EHESS/UMR 8558 - CEB), « Un rouleau d’exorcisme byzantin entre traditions populaires et pratiques religieuses »




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